TRACES DE LA CIVILISATION DU GRUYÈRE

L’âge d’or de la production fromagère (du 16e au 18e) a généré un patrimoine architectural. Il se distingue selon sa situation en montagne (alpages) et en vallée (villages) par ses fonctions de travail ou d’habitat.

PATRIMOINE ALPESTRE

Il se compose d’une multitude de chalets d’alpage, de granges et de fenils, de bâtiments aux typologies connues et fortement liées aux activités qui s’y déroulent. Le 50% des chalets d’alpage fribourgeois sont pratiquement situé sur les communes du Parc. La couverture traditionnelle en tavillons (tuiles de bois fendu) est un trait architectural caractéristique et singulier, témoin d’un artisanat encore vivant.

Les communes du Pays-d’Enhaut, d’Ormont-Dessous et les alpages du massif des Rochers-de-Naye possèdent également de nombreux chalets.

Parallèlement à ce patrimoine alpestre, on note la présence de granges ou fenils, généralement situés dans des zones de fauche. Une particularité architecturale des communes du massif des Rochers-de-Naye et de la Gruyère. Le Pays-d’Enhaut en est aussi doté, mais ces bâtiments s’intègrent alors dans un habitat dispersé.

PATRIMOINE BOURGEOIS

Dans pratiquement tous les villages et hameaux du Parc, l’âge d’or du gruyère a laissé des traces importantes : des caves d’affinage (la Tzintre à Charmey), des maisons aux façades décorées, propriétés de riches marchands de fromage.

A Rossinière, Le Grand Chalet (1754), anciennement Grande Maison, a été construit à l’usage de deux familles. Au rez-de-chaussée inférieur se trouve une immense cave à fromages. Jean-David Henchoz, son maître d’œuvre, a tenté d’en faire un centre de commerce du fromage. De 1857 à 1976, le bâtiment est converti en hôtel pension, où Victor Hugo a notamment séjourné. Le peintre Balthus l'acquiert en 1977, s'y installe et y travaille jusqu'à la fin de sa vie en 2001.

La Maison du Banneret (1666), à Grandvillard, possède une magnifique façade d’apparat. Son propriétaire, le banneret Pierre de la Tinaz, appartenait à l’aristocratie locale et s’était lancé tôt dans le commerce des fromages qu’il vendait jusqu’à Lyon.

Des maisons remarquables des 17e et 18e siècles sont dispersées dans tous les villages du Parc, comme par exemple le château de Charmey. Une construction en dur sur un plan carré à la française, ce qui rend manifeste un retour d’influence. En effet, les commerçants tenaient marché généralement à Lyon. L’exportation des fromages a aussi justifié l’aménagement de nouveaux chemins et la construction de ponts.


ARCHITECTURE RELIGIEUSE

Deux sites de renommée internationale sont présents sur le territoire du Parc.

LE PRIEURÉ CLUNISIEN DE ROUGEMONT

Fondé entre 1073 et 1085 à Rougemont, le prieuré comprenait l'église Saint-Nicolas devenue très tôt paroissiale (avant 1228) et ses deux chapelles, le bâtiment conventuel, une grange construite en pierre en 1342, des étables et des greniers. Le prieuré fut supprimé en 1555, lorsque Berne prit possession de la Haute Gruyère et y introduisit la Réforme. En 1572, un château, résidence du bailli du Gessenay, remplace le prieuré. Propriété privée dès 1803, incendié en 1973, il fut reconstruit l'année suivante.

CHARTREUSE DE LA VALSAINTE (CERNIAT)

La Chartreuse de la Valsainte est fondée en 1294, suite à une donation de Girard Ier de Corbières. Jusqu’au 16e siècle, seule l’église est construite en dur. Les bâtiments conventuels et les cellules sont en bois. Des incendies tragiques et meurtriers ponctueront son histoire. La Chartreuse est fermée en 1778 et les moines déplacés à La Part-Dieu (Bulle). Autorisés par l’Etat de Fribourg à racheter La Valsainte en 1861, les Chartreux reconstruisent entièrement leur monastère. Bâtiments et cellules sont érigés en dur et l'église est restaurée. De 1863 à 1903, la Chartreuse subit des agrandissements successifs, le dernier pour accueillir les Chartreux chassés de France. Cette aile de cellules a été supprimée en 2008 afin de redonner une stabilité au couvent qui était entraîné dans la pente.

RÉSEAU DE CHAPELLES, CHARMEY

La commune de Charmey possède un ensemble de chapelles bâties entre le Moyen-Age et le 20e siècle. Signe de foi, il s’agissait aussi d’une preuve de réussite sociale. On attribue la plupart de ces chapelles à des marchands de fromage fortunés. Malgré une architecture très simple (gothique régionale) aux toits recouverts de tavillons, le mobilier liturgique et la décoration intérieure sont souvent remarquables (retables et peintures baroques). On peut citer à titre d’exemple le cycle décoratif de la chapelle Saint Jean-Baptiste.

On peut encore évoquer de nombreuses chapelles et églises dans les vallées de la Jogne et de l’Intyamon : l’église de Lessoc avec son étonnant plafond peint et sculpté du 17e siècle, à Neirivue, la chapelle Notre-Dame-de-l’Evi, un pèlerinage régional très fréquenté, ainsi que la chapelle du Dâ à Estavannens liée à plusieurs légendes. Au Pays-d’Enhaut, l’église de Château-d’Œx est mentionnée dès 1175 et dépendait du prieuré clunisien de Rougemont. Elle est reconstruite au 16e siècle sur la colline de la Motte. A Rossinière, l’église d’origine romane domine le village. Une église anglicane est édifiée aux Avants en 1877 et une autre à Château-d’Œx en 1899, témoins de l’expansion touristique et du goût prononcé des Anglais pour cette région.


CHÂTEAU DE CHILLON

La situation du Château de Chillon, sur un rocher tombant à pic dans le Léman et sur un axe stratégique, a favorisé une occupation précoce.

Des traces remontant à l’âge du bronze, puis des fortifications romaines et un premier donjon carré du 11e – 12e siècles ont été révélés par des fouilles. Le Château de Chillon sous sa forme actuelle est le résultat de plusieurs siècles de constructions et de réaménagements établis au cours de trois grandes périodes (savoyarde, bernoise et vaudoise).

Contrairement au plan habituel (carré) des châteaux savoyards, il épouse la forme ovale de l’îlot rocheux sur lequel il est construit. Dès 1888, il est un monument historique (propriété du canton de Vaud) protégé et restauré qui acquiert une reconnaissance internationale.


PATRIMOINE TOURISTIQUE

L’histoire touristique a laissé dans le Parc quelques objets exceptionnels.

Sur les hauts de Montreux, les villages de Caux et des Avants ont connu un développement hôtelier important dès le milieu du 19e siècle avec l’apparition des transports publics (MOB, Montreux – Glion – Rochers-de- Naye).

Dans le Pays-d’Enhaut, des pensions et hôtels pour les touristes principalement anglais voient le jour dès le début du 19e siècle. L'arrivée, en 1904, du chemin de fer Montreux – Oberland Bernois (MOB) augmente l’attraction de la région. A Château-d’Œx et à Rougemont, les hôtels et les pensions se multiplient : Le Grand Hôtel, annexe de l’Hôtel Berthod, inauguré en 1906, l’Hôtel Victoriaagrandi en 1908, La Soldanelle, établissement pour cures, ouvert en juin 1907.

En Gruyère, l’architecture hôtelière a également laissé de beaux témoignages comme l’Hôtel du Sapin à Charmey (ancien cabaret, agrandi en 1897-1898), l’Hôtel de Jaman (1854) et l’Hôtel de la Gare, à Montbovon.


PONTS ET CHEMINS DE FER

Les voies de communications (sentiers muletiers, chemins, ponts et chemins de fer) sont des traces historiques d’importance et de valeur.

Des voies d’importance nationale sillonnent le territoire du Parc suivant en particulier les vallées : l’Intyamon, la vallée de la Jogne, le Pays-d’Enhaut ou empruntant le col de Jaman. De ces voies de communication historiques subsistent des tronçons empreints d’une grande substance historique et d’une bonne visibilité. Quelques exemples remarquables.

ŸLe sentier muletier du col de Jaman. Entre Vers les Jordan et Montbovon subsiste une volée de gradins taillés à même le roc dans un passage boisé en creux dans un excellent état de conservation.

ŸSur le chemin historique reliant Rougemont (Flendruz) à la vallée de la Jogne (itinéraire emprunté lors de la transhumance des troupeaux), le secteur des Ciernes Picat, jusqu’à la frontière cantonale, est d’importance nationale.

Inclus dans ces voies historiques, un formidable ensemble de ponts d’importance nationale est situé dans le Parc. Enjambant notamment la Sarine ou l’Hongrin, ces ouvrages d’art sont des témoins spectaculaires des voies de communication.

Le pont de la Tine (Rossinière). Le pont de La Tine a été construit en 1785. A deux arches et en dos d’âne sur la Sarine, il relie aux hameaux le chemin royal que Leurs Excellences de Berne firent construire dès 1748. Il se situe aujourd’hui sur l’artère principale de la vallée.

Le pont de Lessoc (Haut-Intyamon). Sur le vieux chemin empierré qui relie le village de Lessoc à celui de Montbovon, on découvre le mieux conservé et le plus original des derniers ponts couverts en bois du canton de Fribourg. Sa date de construction est gravée dans le chêne du portique sur la rive droite : 1667.

Le Pontet sur la route du col de Jaman (Haut-Intyamon). Plus ancien pont attesté dans le canton de Fribourg, il figure déjà sur la carte de 1578. Menaçant de s’effondrer, il a été restauré en 1993. Au cours de ces travaux, le pavage originel de la chaussée a été redécouvert, laissant apparaître les ornières caractéristiques du passage des chars.

Le pont du Moulin sur l’Hongrin (Haut-Intyamon). Le Grand Chemin qui relie l’Ancien Comté sur la rive gauche de la Sarine rencontre la gorge de l’Hongrin avant le village de Montbovon. Trois ponts routiers et un ferroviaire, construits durant les quatre derniers siècles, se situent à ce carrefour. Le plus ancien d‘entre eux date probablement du 17e siècle.

Le pont de Grandvillard. La première mention d‘un pont entre Villars-sous-Mont et Grandvillard  date de 1565. Son existence est confirmée par la carte de 1578. Il fut détruit en 1638 et un nouvel ouvrage bâti en 1641. Son arche en plein cintre, en pierre de taille, a une portée de 25,5 m pour une hauteur de 9 m au-dessus du cours d’eau.

CHEMINS DE FER HISTORIQUES

Montreux – Oberland Bernois (MOB). Le premier tronçon relie à la fin 1901 Montreux aux Avants, en 1903 vers Montbovon, et l’année suivante Château-d’Œx. Cette ligne électrifiée est exploitée en 1905. Elle relie la Riviera vaudoise à Zweisimmen. Cumulant les ouvrages d’art et gravissant des dénivelés impressionnants, elle témoigne de l’extraordinaire développement des transports au début du 20e siècle.

Montreux – Glion – Les Rochers-de-Naye. Une ligne de chemin de fer longue de 7.6 km, à voie unique à crémaillère, reliant la gare de Montreux aux Rochers-de-Naye. La première liaison entre Territet et Glion est assurée par un funiculaire en 1883, la ligne ferroviaire entre Glion et Les Rochers-de-Naye est mise en service en 1892. Ces étapes influencent le développement hôtelier et touristique des stations de Glion et de Caux. Le parcours est achevé en 1909 avec la liaison depuis la gare de Montreux.

Funiculaire Les Avants – Sonloup. Le funiculaire électrique Les Avants – Sonloup (LAS) a été mis en service en 1910. Il franchit une dénivellation de 180 m pour atteindre l'altitude de 1156 m. Il permet d’accéder au belvédère de Sonloup et au sommet de la piste de luge. Transformé en 1951 et entièrement automatisé en 1980, il a gardé tout le charme de ses anciennes voitures rouges.

Les Chemins de fer Electriques de la Gruyère (CEG). Inauguré en 1904, la ligne des Chemins de fer Electriques de la Gruyère relie Palézieux à Montbovon par Bulle. A vocation essentiellement touristique, ce trajet est relié à celui du MOB à Montbovon. Tout au long du parcours, 21 stations sont construites. A la suite d’un concours d’architecture, les gares prennent la forme de chalets suisses. Usinés à Genève, ces bâtiments reprennent des motifs à la mode du tourisme au début du 20e siècle. Certaines de ces gares ont été conservées et sont aujourd’hui classées comme celles de Montbovon, Grandvillard ou Enney.


TRADITIONS VIVANTES

Les pratiques, représentations, connaissances et savoir-faire que les individus reconnaissent comme patrimoine culturel.

Cette notion de traditions vivantesl est relativement récente, mais elle représente une réalité importante pour le Parc.

En Gruyère et dans le Pays-d’Enhaut, on note un réel attachement à cette culture populaire. Dont voici quelques aspects et exemples :

Existence de savoir-faire et techniques artisanales comme le tavillonnage (anseille dans le Pays-d’Enhaut), les papiers découpés, la boissellerie, sculptures sur bois (cannes), tissage – tricotage (les jaquettes de Charmey ou broutsou), la dentelle de Gruyère et du Pays-d’Enhaut.

ŸPatrimoine culinaire avec des recettes typiques liées à des fêtes (la Bénichon en Gruyère), à des produits du terroir, aux plantes de la région.

ŸLa langue avec le patois encore quelque peu en usage en Gruyère (associations très actives).

ŸContes, légendes, chants.

ŸFêtes comme les Désalpes, la célèbre Poya d’Estavannens (célébrée en 1956, 1960, 1966, 1976, 1989, 2000, 2013).

PARC NATUREL REGIONAL GRUYERE PAYS-D'ENHAUT

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